Il mistero del cargo russo scomparso secondo un giornale svizzero: le temps
Filed under Uncategorized by Trevis on 26-08-2009
La version du piratage recule devant la piste d’une livraison d’armes russes déjouée par un pays tiers. Les fuites se multiplient malgré l’étau du secret placé sur cette affaire par les autorités russes
La mystérieuse brume entourant l’Arctic Sea ne veut pas refluer. Le cargo finlandais battant pavillon maltais navigue désormais dans les eaux troubles russes, entre les détails cocasses et les théories farfelues. Car tout est aujourd’hui entre les mains de Moscou. Le bateau et les protagonistes. Les autorités européennes ont l’air d’en savoir plus qu’elles n’en disent, mais laissent aux Russes la tâche d’expliquer ce qui s’est passé. Le Kremlin n’a jamais été très convaincant dans l’exercice de la communication, et dans l’affaire de l’Arctic Sea, il ne recule devant aucun effort pour signaler bruyamment qu’il a quelque chose à cacher.
D’abord, avec un blocus complet de l’information sur les premiers témoins de l’affaire: les 15 membres russes de l’équipage. Libérés il y a plus d’une semaine, ils n’ont pu qu’hier soir appeler leurs familles clandestinement. Depuis une semaine, leurs familles se plaignent à la presse qu’il leur est impossible d’avoir le moindre contact avec les marins. Les autorités russes ont nié les tenir captifs, mais les faits sont là. Deux membres de l’équipage ont pu pour la première fois hier soir appeler leur famille pour indiquer qu’ils se trouvent «dans un hôtel, mais lequel, impossible de savoir».
Mardi également, le directeur du Comité d’enquête du procureur général de Russie admettait que «l’Arctic Sea pourrait ne pas avoir transporté que du bois». Ce comité, chargé de toutes les grosses affaires criminelles, est dirigé par Alexandre Bastrykine, un intime de Vladimir Poutine, et contrôle strictement l’information autour de l’Arctic Sea. «Le navire a probablement été attaqué deux fois» et «sera inspecté de fond en comble lors de son arrivée» dans un port russe, a-t-il ajouté.
Si les autorités ont été en panne d’imagination pour présenter une histoire plausible, la presse russe s’est fait un plaisir de nourrir son public avec ce feuilleton rocambolesque. Le quotidien populaire Moskovski Komsomolets a apporté de l’eau au moulin mardi matin en citant des sources venant du GRU (les renseignements militaires, une sorte de CIA russe). Ce GRU, qui est la plus secrète et la plus influente de toutes les structures militaires russes, aurait mené une opération beaucoup plus importante que celle admise par les autorités russes, avec la mobilisation de troupes d’élite en plus des quatre navires de guerre lancés à la poursuite du cargo. Des moyens de toute évidence disproportionnés par rapport à l’assaut d’un vieux navire transportant pour à peine 1,5 million de francs de bois. Selon les sources de Moskovski Komsomolets, «il y avait bien des armes de contrebande à bord de l’Arctic Sea». Mais rien n’est dit de leur provenance ni de leur destination. La bande de pirates autoproclamés écologistes aux tatouages bariolés d’ex-détenus serait, selon ces mêmes sources, «une équipe recrutée par les services spéciaux d’un pays de l’Union européenne dans l’objectif de prendre le contrôle du navire». Toujours prompt à prendre des accents patriotiques, le quotidien ne se dit toutefois «pas certain que la cargaison d’armes soit destinée à être utilisée à des fins de chantage contre la Russie dans l’arène internationale». Pas certain, mais quand même fortement suggéré.
Selon Yulia Latynina, une journaliste d’investigation habituellement très critique envers le Kremlin, il ne fait pas de doute que l’histoire de piratage est un écran de fumée pour cacher l’échec d’une livraison d’armes à un pays peu recommandable comme la Libye ou l’Iran. Sur les ondes d’Echos de Moscou, Latynina remarque que le cargo a fait une escale de deux semaines dans le port russe de Kaliningrad pour «maintenance». Ce port est, soit dit en passant, une grosse base militaire russe. Dans la même lignée, un ancien officier de la marine militaire russe, Vladimir Filin, a écrit sur le site internet nationaliste anvictory.org que les containers chargés à Kaliningrad pourraient contenir quatre missiles stratégiques X-55 en pièces détachées. Il estime que ces missiles sont susceptibles de modifier l’équilibre des forces au Proche-Orient. «Etant donné l’ampleur du scandale international potentiel, un pays dont l’intérêt était de stopper cette livraison a choisi d’intervenir de manière masquée», écrit l’ancien militaire. Quant à la télévision russe, étroitement sous le contrôle du Kremlin, elle se contente de présenter la version officielle du piratage sans s’interroger sur les incongruités de l’affaire. Au fond, ce feuilleton mystérieux est bien pratique pour distraire le peuple en temps de crise.